Kingdom Death : Monster

Kingdom Death : Monster
Bonjour délicieux explorateurs des ténèbres ! Je dois vous informer que les lignes et les images qui suivront dans cet articles pourront paraître choquantes à certains, vulgaires à d’autre, ou tout autre adjectif péjoratif qui vous permettra de qualifier l’éventuel malaise auquel vous risquez de vous confronter…
Pourquoi présenter de manière mystérieuse, digne d’une introduction d’un roman d’H.P. Lovecraft, un jeu de la sorte vous demandez vous? La sobriété de l’imposante boîte noire de presque dix kilogrammes est comme un voile opaque qui protège l’œil du néophyte du graphisme intense que renferme cette sombre aventure dans un paysage de ténèbres au sol recouvert de visages en pierre où les personnages ouvriront les yeux pour la première fois, sans un mot ni aucun souvenir.

prologue

4 survivants se dressent face aux ténèbres, bien décidés à rester en vie !Cette expérience peut se jouer en solitaire comme en équipe, mais pour y avoir passé de nombreuses heures, je vous recommande de tenter une partie à plusieurs pour enrichir le jeu de toutes les interactions qu’il vous permettra d’avoir, tel que le partages de ressources, l’entraide entre survivants ou les réactions des monstres, néfastes pour vos alliés, que vous aurez provoquer ! Le jeu de base a bénéficié d’un pack de mise à jour 1,5 améliorant le contenu matériel tout en apportant une révision de certains points de règles et modifiant des équipements, des coquilles, etc … moyennant un certain coup pour cet OVNI qui coûte dans les quatre cent dollars.

Sachez que je vais spoiler quelques éléments de début du jeu et de l’histoire, aussi ne lisez pas cet article si vous souhaitez vivre la narration de votre aventure à votre rythme.
Sans plus attendre, ouvrons ce sombre couvercle et pénétrons dans le monde de Kingdom Death : Monster !

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la boîboite

La Mécanique ?

Kingdom Death : Monster est un jeu d’aventure, de combat à l’Améri-trash, avec une part de gestion de ressources et d’ouvriers-survivants, de prises de risques, de gains et de sacrifices (souvent nombreux). Pour les familiers du monde vidéo-ludique, si ces références évoquent quelque chose pour vous, voyez y comme la progéniture de Dark Souls et de Monster Hunter.
Dans un contexte impitoyable et souvent punitif, vous devez gérer une colonie de survivants et leur campement près d’une pile de lanternes entassées les unes sur les autres. Le jeu se divise en 3 étapes bien distinctes :

Une phase de campement où vous procédez au développement de ce dernier par la reproduction de vos personnages, en développant de nouvelles innovations ou en fabriquant des équipements pour vos chasseurs. En construisant de nouveaux bâtiments vous avez l’opportunité de débloquer de nouveaux objets et équipements issus des matériaux de récoltes des monstres que vous aurez chassé. Chaque monstre possède son propre set d’armement qui nécessite l’utilisation des ressources que vous obtenez en le dépeçant.

Campement
Développer votre campement sera une priorité pour survivre !

Développer votre campement sera une priorité pour survivre !Les innovations vous permettent d’améliorer la vie au camp par différents moyens tels que la peinture, la musique, le langage … Chaque innovation découverte ouvre vers de nouveaux axes de développements spécifiques, permettant à deux parties différentes de ne pas se ressembler trait pour trait. Vous serez confrontés à différents choix tout aussi déterminants, tels que la manière d’éduquer vos nouveaux nés – à la dure ou avec affection -, la manière dont vous disposerez de vos cadavre – les honorerez vous en leur offrant une sépulture ou en les dévorant ?-. Bout à bout, chaque décision que vous faites vous apporte une expérience radicalement nouvelle, ce qui participe à la grandeur de ce jeu.

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Les bâtiments, les équipements et les innovations.

La phase de chasse consiste à pister votre proie afin de l’engager au combat. N’allez pas croire qu’il s’agisse d’une formalité car la traque peut s’avérer souvent plus périlleuse que le combat lui même. Sur un plateau de chasse sont représentés divers événements cachés, certains spécifiques à votre proie, d’autres génériques. Confrontés à chacune de ces étapes, vos chasseurs devront survivre aux embûches qui se dresseront contre eux ou en subir les conséquences. Il n’est pas rare que vos personnages arrivent déjà bien amochés au combat contre leur cible, s’ils y arrivent tous …

Phoenix
Qui chasse qui finalement ?

Démarre alors l’engagement contre cette créature que vous avez tant pourchassé. Chaque monstre demande une installation particulière du plateau de combat. Ce dernier est composé de cases sur lesquelles viendront se rajouter des éléments de décors aidant ou entravant votre rencontre. Un combat se déroule en alternance entre le monstre puis les survivants. Votre équipement vous offre un nombre de dés à lancer pour tenter de toucher votre cible, puis si vous réussissez, chaque touche atteint une zone spécifique de la bête, appelée “Hit Location” offrant des opportunités favorisant les dégâts ou au contraire des réflexes dévastateurs de votre ennemi. Ainsi vous ôterez un point de vie à votre la bête en enlevant une carte de son deck “Artificial Intelligence”, celui là même que vous aurez construit au début du combat, représentant les différentes attaques que le monstre vous porte tour après tour. Je trouve ce concept tout simplement génial car il simule le principe qu’à force de prendre des coups et d’être affaiblie, votre proie n’est plus en capacités d’effectuer que quelques une de ses attaques, comme si elle devenait petit à petit sonnée.
Mais avant de mettre ses points de vie à zéro, il y a un fort risque que votre personnage subisse des blessures, des traumatismes physiques ou psychiques parfois mortels et souvent sévères. Bien que les jets se résolvent à l’aide de D10, les survivants possèdent un D6 dont les faces représentent leur torse, leurs bras et jambes, etc … dès lors qu’un monstre vient à bout de votre armure, c’est votre corps qui subira les conséquences du coup. Si vous avez subi trop de dégâts dans une zone, en plus d’être mis KO vous risquez d’obtenir des malus permanents comme un démembrement ou une mâchoire brisée, et de manière plus dramatique de perdre la tête … au propre comme au figuré !

plateau de jeu

La chasse terminée, le combat commence !J’ai eu beaucoup de mal lors de mes premières parties à ne pas m’attacher à mes personnages tant les rudes conditions dans lesquelles ils évoluent m’ont forcé à l’empathie. Cependant, les survivants de ce jeu sont à investir comme des ressources car la mort rôde à chaque recoins, sur le champ de bataille comme sur le chemin du retour à la maison. C’est une expérience sympathique qui vous met sous pression constante, cependant je trouve très énervant – mais réaliste – qu’un personnage aguerri ayant survécu à plusieurs chasses difficiles puisse mourir en rentrant chez lui d’une chute dans un précipice ou d’une maladie infectieuse … parce que votre jet de dé vous l’a indiqué. Ces événements aléatoires, s’ils offrent du mystère et de la nouveauté amènent également leur lot de frustration, à tel point que sur une partie à quatre joueurs, il nous est déjà arrivé d’avoir quelqu’un sur la touche durant tout le combat puisque son personnage est mort en route avant de l’atteindre.
Vous progressez ainsi entre ces trois phases, d’années en années, allant de surprises en mauvaises surprises sous forme d’événements ou de rencontres aléatoires ou scriptées, jusqu’à atteindre celui considéré comme le boss de fin : anciennement le Watcher, aujourd’hui avec la dernière mise à jour du jeu le Gold Smoke Knight.

Le Matériel ?
Comme évoqué en introduction, la boîte du jeu de base de Kingdom Death : Monster pèse presque 10kg, cependant le contenu n’est pas composé que de jetons en carton, loin de là! Bien qu’il s’agisse d’un jeu de plateau, son couvercle renferme une quantité faramineuse de figurines en plastique rigide représentant vos avatars et surtout les monstres que vous affronterez.

Vous trouverez de nombreuses grappes des figurines morcelées à découper, coller et peindre vous même si vous êtes courageux. La richesse du jeu qui a sans doute séduit la plus grande part des backers du projet revient au fait que ces grappes vous permettent de configurer vos modèles de survivants au plus proche de leur équipement en jeu. Par exemple si vous jouez avec un arc, vous pouvez utiliser les bras avec un arc pour votre figurine, puis y coller un fouet si vous en obtenez un plus tard, etc … Si chaque monstre possède son propre set d’équipement en jeu, il offre également son propre style au niveau des miniatures, de l’armure en peau basique à un équipement en cuir raffiné, en passant par d’imposantes tuniques au poils blancs provenant du féroce lion. Il y en a donc pour tous les goûts, qu’il s’agisse d’être fidèle à vos personnages ou d’inventer le personnage le plus incroyable !

Rawhide set

Lion set

Les figurines sont détaillées de manière remarquable, tant au niveau des postures que des expressions corporelles / scéniques et des équipements. La qualité connue et appréciée des sculpteurs de talent travaillant pour la marque Kingdom Death se retrouve donc entre vos mains lors de vos parties. Aucun doute sur ce point, l’imagination derrière chaque modèle est incroyable, et la réalisation est digne du travail de réflexion des sculpteurs.

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l’une des survivantes de base.
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une scène de combat !
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Votre première rencontre, le redoutable Lion Blanc aux mains humaines.

Outre les figurines, vous aurez à gérer pléthore de cartes : celles des attaques de monstre (Artificial Intelligence), de leurs point faibles (Hit Location), ou de chasse, les cartes d’événements ou d’équipements …. Rassurez vous, il existe un thermoformage relativement bien pensé pour contenir et compartimenter tout cela. Un point que je trouve vraiment intéressant dans la réalisation de ces éléments de jeu est l’utilisation de tailles différentes pour l’équipement en format carré petite taille, au cartes plus classiques du reste du jeu, sans oublier les cartes grand format des bâtiments et des événements de camp. Elles sont toutes d’excellente qualité, de bonne épaisseur et agréable au toucher de par leur finition lisse.
De nombreux jetons d’épaisseur moyenne mais richement illustrés seront mis à votre disposition pour décorer votre plateau de jeu, marquer des états temporaires de vos personnages, des bonus ou des malus acquis en cours de partie.
Depuis la publication du pack d’amélioration 1,5 le plateau de chasse recto verso qui se transforme en plateau de campement s’est vu évoluer vers un format cartonné épais et plus rigide à l’image du plateau de jeu. C’est une excellente amélioration qui a été apporté à cet élément important du jeu qui est fréquemment manipulé. Le gigantesque plateau de combat aux sombres nuances est découpé en cases permettant de mesurer les déplacement des joueurs et des créatures, en offrant sur les côtés un espace de stockage des cartes de rencontres pour le combat. Vous enregistrez également vos informations sur le carnet de fiches de personnages bien fourni ainsi que sur celui de fiche de campement qui permet de noter chaque adversaire rencontré, chaque ressource stockée ainsi que votre “calendrier lanterne”.

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le contenu de la boîte sans les figurines !

Il m’est impossible de faire l’impasse sur le livre de règle de ce jeu qui est en lui même une magnifique pièce du jeu. Ce grand ouvrage noir de presque trois cent pages était en couverture souple à l’origine, puis réimprimé en couverture rigide avec la mise à jour 1,5. Il est richement illustré ce qui rend beaucoup plus aisé l’apprentissage des règles même aux anglophobes. La mise en page est claire, dégagée, vraiment élégante. Vous y trouverez également les scènes narratives précédant et suivant chaque événement notable de votre campagne.

rule book
Le livre de règle explique la préparation d’une rencontre.

Le livre de règle explique la préparation d’une rencontre.

Les Illustrations ?
Une autre force de Kingdom Death : Monster réside dans la direction artistique du jeu. Les illustrations utilisées pour cette perle bousculent complètement les codes de la raison et du “politiquement correct”. Alors que le jeu se révèle bien moins obscène dans les images utilisées que la majeure partie des figurines et illustrations à collectionner de la boutique Kingdom Death, il n’en reste pas moins très graphique, et peu adapté à un public jeune et / ou sensible.

Boucher
Votre premier Némésis : le Boucher !
brain trauma
De quoi devenir fou non ?

Restant fidèle à la notion de survivants précaires, bien loin d’être des héros, ils mourront de diverses souffrances, et les dessins de l’ouvrage ne manquent pas de vous le rappeler. Beaucoup d’hémoglobine a été employée dans l’imagination et la réalisation de ce jeu, sans pour autant être trop ostentatoire. Comme je le précisais plus tôt, les scènes dépeintes sont très graphiques, sans être exagérées, tant elles collent au thème ambiant pesant de cet univers.
Cependant, ajoutant un certain vent de légèreté, une inspiration de type ”manga” vient contrebalancer la noirceur par des couleurs vives et une certaine bouffée de fraîcheur afin de ne pas devenir fou ou dépressif après quelques parties. On adhère ou non à ce type d’illustrations, personnellement je les trouve plaisantes et même adaptées à cette idée d’équilibre entre horreur et survie.

La Rejouabilité ?
Sur le point de la rejouabilité, il est bon de distinguer plusieurs éléments importants. Je l’ai évoqué tout au long de cet article, la construction du jeu et l’évolution d’une campagne font que deux parties ne se ressemblent pas, cependant votre manière de jouer risque de vous faire reproduire les mêmes type d’évolution de personnage, de prise ou non de risques, de choix de développement du camp. Aussi après avoir fait pas loin de cinq redémarrages de campagne avec à chaque fois des joueurs différents, j’ai ressenti de la lassitude à revivre, relire et re-expliquer les mêmes événements de départ scriptés. Pour lutter contre cette morosité, de nombreux Add-ons vous offrent la possibilité de remplacer des monstres par d’autre, faisant varier les rencontres et les équipements qui vous seront proposés au fil d’une partie. Moyennant un certain coût évidemment, puisque ces rajouts sont tous payants et parfois au prix d’un jeu de société.
Notez également qu’une campagne se déroule sur une trentaine d’années lanterne, qu’une session de camp – chasse – combat prend bien quarante cinq minutes minimum, si le monstre se laisse gentiment faire, ce qui est rarement le cas. Vous aurez sans arrêt recours au livre de règles afin de lire et vivre les événements marquants que le jeu vous indiquera selon votre avancement, ce qui est très chronophage bien qu’indispensable à votre progression. Malgré le fait que ce jeu permette de refaire plusieurs campagnes et d’y prendre du plaisir sous diverses formes, la durée totale d’une aventure ne vous donnera peut être pas envie de vous y replonger immédiatement après une victoire ou un game-over.
J’ai notamment eu besoin d’une bonne pause de plusieurs mois avant de démarrer une nouvelle campagne avec mes amis il y a une semaine.
Cependant, ces difficultés liées au jeu, amplifiées lors de parties à plusieurs, s’estompent lorsque vous y jouez seul, aussi je n’ai pas peur de dire qu’à mon avis Kingdom Death : Monster est un excellent jeu solo, voire même qu’il sera plus intéressant à jouer de cette manière en gérant une équipe de 4 survivants complémentaires et pas forcément issus des désirs individuels de chaque joueurs.

Conclusion ?

Kingdom Death : Monster est une aventure en soi. Dans les plus profondes ténèbres, vous faites remonter à la surface le désir viscéral de survie de toute espèce vivante. Dans le sang, la douleur et la souffrance, peut être atteindrez vous la fin de cette aventure mystérieuse et menaçante.
Si vous aimez les jeux narratifs, celui ci répondra probablement à vos attentes tant l’histoire est bien imbriquée avec les phases de jeu et d’évolution. Si vous appréciez les Améri-trash, KD : M doit être l’un des meilleurs disponible à ce jour tant dans son système de progression que de combat. Sans oublier sa part de gestion de ressource et de développement, ce gros hybride Américain – Européen touche à tout et le fait bien !

Son prix prohibitif fait que seul de réels passionnés ou de curieux ingénus arriveront à se le procurer. Sans oublier qu’il est uniquement édité en anglais … Cependant délicieux amis de la langue de Molière réjouissez vous, car il existe un superbe site communautaire français dédié à ce jeu. Je vous encourage fortement à rejoindre la page du “Gambler’s Nest” sur Facebook, dédiée à l’explication des règles, à la recherche de joueurs et à l’information sur le contenu de la boîte. Cette page fourmille d’idées en tout genre afin de customiser ce jeu pour lequel beaucoup d’intérêt a été porté sous forme de Side-Market et de produits dérivés. À ce sujet, l’équipe de traducteurs du Gambler’s Nest, après un travail acharné de plusieurs mois, propose en ce moment de réserver votre exemplaire de l’impression intégrale française du livre de règles qui a, semble-t-il, été approuvée par l’auteur du jeu à condition qu’ils n’en tirent aucun bénéfices, voilà un barrage de moins aux plus réfractaires à Shakespear.
Vous pourrez également profiter de leur channel Discord afin de communiquer vocalement avec les joueurs, à la recherche de parties en ligne pour la déclinaison sur PC, chercher des conseils pour le montage et la peinture.

Malgré la qualité ludique de ce jeu, il me semble important de vous prévenir qu’il ne réalisera son plein potentiel que si vous êtes un hobbyiste de la miniature. Compte tenu de la quantité indécente de personnages à monter, il vous faudra du courage et de la patience pour couper, ébarber, coller et jouer avec tous les monstres et personnages. Si comme moi vous êtes trop complétionniste, vous aurez probablement quelques extensions non ouvertes depuis plus de deux ans qui attendent désespérément d’être utilisées, et pire encore, peut être ne progresserez vous pas sur l’aventure tant que le monstre que vous devrez rencontrer n’aura pas eu son incarnation physique sur le plateau ?
Oserez vous sauter le pas et vous réveiller sur ce sol froid aux visages de pierres éclairés par la faible lueur d’une lanterne ? A vous de me le dire en commentaires !

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